vendredi 2 août 2013

Désir de mort vive



Le sommeil - Auguste Rodin

Jeudi  [26 Mars 1964]
[...] "...moi je n'avais que la tentation de dormir que résumait cette petite phrase ressassée: -Sommeil, soleil, désir de mort lente, désir de mort vive..."
Extrait de "Lettres à l'Amant" Tome II -


dimanche 14 juillet 2013

Paul Valéry - "Tout m'est noir à peine le fer clos..."

 
 
 
 
Le vieux battant de fer à peine clos
derrière moi qui me hâte et qui songe,
seul et non seul je vais courbant le dos,
suivant détresse, ennui, peine ou mensonge,
car tout m’est noir à peine le fer clos.
 
Paul Valéry

"L'itinéraire bis" de Mireille

 


Elle a refermé doucement la porte de l’enfance, tricot d’amour et chemin de croix. Elle est là, sur le seuil, en partance pour l’âge adulte, indécise et désorientée. Elle n’a aucun plan, juste quelques cartes topographiques, des topos effrayants

Autoroutes vers un destin de hérisson gisant sur le bitume, à l’indifférence générale ; périphériques encombrés, tournant autour du pot sans jamais y entrer ; voie de garage et voie sans issue, objectif court, sans débouché  ... Horizon sans perspective, tout parcours empruntable semble sans intérêts mais payable au prix fort.

Elle cherche un itinéraire bis, une voie parallèle, une piste aux étoiles pour suivre la sienne. Qu’importe le chemin, de traverse, ou buissonnier, tout plutôt que ces voies-là. Alors elle avance, nez au vent, tête en l’air, pieds sur terre et parfois trouille au ventre. Elle marche sans se retourner, trop tôt encore, il faut de la distance.

Elle gravit ses Everest et ses Himalaya ; traverse ses déserts de Gobi, y tanne son cuir ; se rafraîchit sous des cascades de rires ; allume ses Woodstock et ses feux d’artifice ; plonge dans les océans, dans des rivières de diamnts. Ivresse des paysages.

Parfois, elle prend le temps d’une pause, pendant quelques lunes, dans un pré vert à l’herbe tendre et au ciel accueillant. Elle s’initie à la polyculture, tente de défricher le champ de son ignorance, d’en retourner le terreau, et de semer quelques graines de bon sens. Elle récolte des doutes et fauche ses certitudes.

Inlassablement elle avance, les yeux parfois embrumés, parfois
écarquillés de soleil. Toujours un air en tête, elle chante sur le
chemin, avec les oiseaux, avec le vent qui passe dans les
arbres, avec la mer qui rugit, et le ciel qui gronde.
 
Extrait d'  "Itinéraire bis" de Firenz


vendredi 14 juin 2013

Mireille Sorgue - Extrait du devoir du Concours Général 1961



Cannes - La tour sarrasine

 
 
 
"Je n’ai point «l’amour inné du passé», « toute la richesse, toute la splendeur, toute la grâce du monde » ne sont point pour moi dans les temps écoulés. Je sais sourire au jour qui vient, et mon imagination colorie plus volontiers les scènes futures que celles du passé, mais j’aime la pierre qui semble juste creusée pour mon épaule ou pour mes bras, parce que d’autres avant moi s’y sont appuyés, y ont reposé leur épaule lasse ou leurs bras trop lourds.
Une vieille tour sarrasine domine la baie de Cannes ; trompant la vigilance de ma mère, je suis souvent montée jusqu’à la plate-forme carrée où l’on débouche en plein soleil, mue par une attraction que mes sept ou huit printemps ne s’attardaient point à analyser. Ma joue posée contre la pierre large, ma main balayant le sable, s’accrochant aux touffes de lavande, reconnaissant les aspérités, je m’enfonçais dans une rêverie délicieuse dont je jouissais d’autant plus que je ne cherchais pas alors à en connaître l’essence."

(Extrait du devoir de Mireille Sorgue qui lui a valu le 1er prix du Concours Général de Français en 1961)

samedi 1 juin 2013

Bernard Perroy - Poème


Le fontaine basse - Gordes




Toujours
la même ritournelle
semeuse de joie
qui jette ses perles bleues à la volée
à travers le filtre de la lumière…
 
Est-ce que
l’on t’oublie ?
Est-ce que l’on t’entend
parmi taffetas et paillettes
au cours de fêtes bien provisoires ?
 
Ou bien
nous parlerais-tu tout bas
comme une fontaine confidente qui se presse
à l’oreille du cœur ?
 
                                                      Bernard Perroy

Paul Eluard




J'entends ta voix dans tous les bruits du monde.

                                                                             






 

mardi 21 mai 2013

Cathrine Pozzi - Poème



Catherine Pozzi


Ave

Très haut amour, s'il se peut que je meure
Sans avoir su d'où je vous possédais,
En quel soleil était votre demeure
En quel passé votre temps, en quelle heure
Je vous aimais,
Très haut amour qui passez la mémoire,
Feu sans foyer dont j'ai fait tout mon jour,
En quel destin vous traciez mon histoire,
En quel sommeil se voyait votre gloire,
Ô mon séjour.
Quand je serai pour moi—même perdue
Et divisée à l'abîme infini,
Infiniment, quand je serai rompue,
Quand le présent dont je suis revêtue
Aura trahi,
Par l'univers en mille corps brisée,
De mille instants non rassemblés encor,
De cendre aux cieux jusqu'au néant vannée,
Vous referez pour une étrange année
Un seul trésor
Vous referez mon nom et mon image
De mille corps emportés par le jour,
Vive unité sans nom et sans visage,
Cœur de l'esprit, ô centre du mirage
Très haut amour.

Catherine POZZI

lundi 20 mai 2013

Héloïse et Abélard





Lettre d'Héloïse à Abélard
 
(Héloïse dans sa cellule répond à une lettre d'Abélard)
 
Ai-je d'autre vertu que celle de l'amour?
Viens, n'écoute que moi, moi seule je t'appelle
Abélard, sois sensible à ma douleur mortelle.
Toi, dans qui je trouvais, père, époux, frère, ami,
toi de tous les amants, l'amant le plus chéri
Ne vois-tu plus en moi ton épouse charmante,
ta fille, ton amie et surtout ton amante?
Viens, ces arbres touffus, ces pins audacieux,
dont la cime s'élève et se perd dans les cieux,
Ces ruisseaux argentés, fuyant dans la prairie,
l'abeille, sur les fleurs, cherchant son ambroisie,
le zéphir qui se joue au fond de nos bosquets,
ces cavernes, ces lacs, et ces sombres forêts,
ce spectacle riant, offert par la nature,
n'adoucit plus l'horreur du tourment
que j'endure
L' ennui, le sombre ennui, triste enfant du dégoût,
dans ces lieux enchantés se traîne, et corrompt tout.
Il séche la verdure, et la fleur pâlissante
se courbe et se flétrit sur sa tige mourante.
Zéphir n' a plus de souffle, écho n' a plus de voix,
et l' oiseau ne sait plus que gémir dans nos bois.
Hélas ! Tels sont les lieux où, captive, enchaînée,
je traîne dans les pleurs ma vie infortunée,
cependant Abélard, dans cet affreux séjour,
mon cœur s' énivre encore des poisons de l' amour.
Je n' y dois mes vertus qu' à ta funeste absence,
et j' y maudis cent fois ma pénible innocence.
Moi, dompter mon amour quand j' aime avec fureur !
Ah ! Ce cruel effort est-il fait pour mon cœur ?
Avant que le repos puisse entrer dans mon âme,
avant que ma raison puisse étouffer ma flamme,
combien faut-il encore aimer, se repentir,
désirer, espérer, désespérer, sentir,
embrasser, repousser, m' arracher à moi-même,
faire tout, excepté d' oublier ce que j' aime.
ô funeste ascendant ! ô joug impérieux !
Quels sont donc mes devoirs, et qui suis-je en ces lieux ?


mercredi 15 mai 2013

Paul Eluard - Ta bouche aux lèvres d'or

 
 
 

Ta bouche aux lèvres d'or

Ta bouche aux lèvres d'or n'est pas en moi pour rire
Et tes mots d'auréole ont un sens si parfait
Que dans mes nuits d'années, de jeunesse et de mort
J'entends vibrer ta voix dans tous les bruits du monde

Dans cette aube de soie où végète le froid
La luxure en péril regrette le sommeil,
Dans les mains du soleil tous les corps qui s'éveillent
Grelottent à l'idée de retrouver leur cœur

Souvenirs de bois vert, brouillard où je m'enfonce
J'ai refermé les yeux sur moi, je suis à toi,
Toute ma vie t'écoute et je ne peux détruire
Les terribles loisirs que ton amour me crée.

Paul Eluard - Capitale de la douleur. – 1926 –

samedi 4 mai 2013

Friedrich Nietzsche - Désert et génie







" De quel désert est entouré le génie! "
 
Friedrich Nietzsche